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On le sait depuis que la signalisation automobile existe, il ne faut jamais passer au feu rouge. On sait aussi que cet arrêt contraint est souvent l’occasion pour celui qui roule, de faire face à soi-même. Repasser le film de son présent, être rattrapé par des souvenirs que l’on voudrait parfois chasser, se perdre dans ses pensées, capturer une scène de vie devant soi que l’on n’imaginait pas. On connait depuis toujours la symbolique du rouge, une couleur qui prend soin de la vie en alertant. Et c’est ainsi que Grand Corps malade nous restitue le film unique d’un moment que l’on pourrait tous vivre. Celui d’un monologue intérieur d’une femme, Yana réfugiée syrienne, qui en trois couplets rassemble toute une vie. Une condition humaine où la mémoire vive de l’exil forcé, s’échoue sur notre quotidien de citadins essorés par tant de tumultes. Un feu rouge, un temps d’arrêt obligé, et une somme de culpabilités qui s’énoncent de façon presque aussi implacable que le récit tragique d’une vie déracinée. Nous sommes face à la contradiction ultime de nos vies protégées. Et dans ce texte bouleversant de réalisme, sur une musique et une réalisation du fidèle compagnon artistique Angelo Foley, Grand Corps Malade nous indique que quoiqu’il en soit, de la puissance occidentale pointe toujours la menace. C’est fort et réel à la fois, et la chanson nous renvoie à Voltaire qui disait : « Si tes remords sont vrais, ton cœur n’est plus coupable. » Au feu rouge, en amorce d’un album à venir va vous laisser à l’arrêt. Saisi par une juste émotion.

 

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©EddyBriere